Presque comme chaque matin, je suis émerveillé de la diversité des visages que le métro charrie. Cette femme, entre deux âges, au cerne fatigué, les yeux scrutateurs du plan de la ligne, préoccupée sûrement du temps lui restant à se faire transporter, cette autre en pleine phase de remaquillage dont la dextérité laisserait sans voix n'importe quel soliste de harpe, ce couple d'amoureux d'à peine 20 ans, lui levant les yeux vers son soleil personnel, le regard chargé d'anxiété, sûrement terrorisé à l'idée que cet astre par lui élu cesse, un jour, de briller pour lui seul.
Cet homme à la tête augmentée d'un casque audio dont la dimension assure "une parfaite isolation du monde extérieur", à laquelle l'on pourrait ajouter la cécité pour lui garantir une mort tranquille.
Cet homme au sourire mangé dont la peur est palpable, pourquoi pas pour ses enfants, et dont le petit dernier peine en mathématiques, au risque d'être orienté en fin de cinquième.
Cet autre, tellement ressemblant à Will Smith et à la mise impeccable, au charme magnétique et dont on perçoit dans la lumière électrique que la densité de l'air s'altère dans sa proximité immédiate.
Cette femme, sur le quai d'en face, aux jambes interminables bottées de cuir noir comme une nuit sans lune et dont la focalisation des regards des passagers doit constituer une source d'énergie renouvelable encore inexploitée.
Cette poussette à l'empattement de char d'assaut, propulsée par une maman essoufflée qui s'est sûrement assuré seule de la descente de deux volées d'escalier format RATP, assurant la mobilité maladroite de deux bambins qui posent sur ce monde souterrain un regard de rayons X qui transperce toute réserve et toute hypocrisie.
Cet homme dont le métier doit être de s'assurer qu'on capte bien dans le métro, même à voix très haute et qui ne cesse de rappeler son interlocuteur qui, lui, doit tester la réception depuis une cave du 20ème arrondissement.
Les freinages "puissants" du métro qui ne peuvent avoir pour autre but que de former des légions de pilotes de chasse.
Ces agents débonnaires, représentants costumés d'uniformes du règlement intérieur mais dont il est manifeste que s'ils s'écoutaient, il y aurait de la musique dans les couloirs.
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Le métro, mon bouillon d'humanité.
Mon rattrapage de vie.
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