Il y a cette idée qui rode autour de mon âme. Celle que la poésie est
là, dans les moindres aspérités de la vie qui nous est en permanence
présentée à observer. Dans les moindres imperfections de l'Humain.
Que cette poésie est comme le jus d'orange pressées, délicieux et
parfois un peu fort. Qu'elle est l'intérieur de la réalité. Ce que notre
esprit peut ajouter à la simple existence. Que ce bleu n'est pas
seulement la couleur de cette écharpe mais aussi celle du sang qu'exprimerait
une blessure symbolique faite à quelqu'un qu'on aime. Que ce satiné
n'est pas seulement la surface de cette feuille d'arbre vers laquelle on
ne peut s'empêcher de tendre la main mais aussi celui de cette
chevelure dans laquelle on veut passer les doigts inlassablement. Que
cette odeur n'est pas seulement la millième répétition d'un parfum mille
fois croisé mais aussi celui de cet amour d'avant, d'avant Avant, celui
pour lequel nos ongles ont creusé nos paumes et nos dents rongé
l'intérieur de nos joues. C'est ça ma définition de la poésie, c'est le
sens supplémentaire que chacun donne à la Vie Réelle que nous partageons
tous mais pour laquelle nous avons un prisme unique. Ce logo sur une
parka qui rappelle les couleurs du Canada, qui rappelle à son tour les
ours polaires jouant dans la neige, qui rappelle les oursons qui
découvrent la vie dans leurs premières heures, qui rappellent les
nourrissons récemment croisés, partout, qui rappellent l'amour
étourdissant des parents encore transis de ce miracle, qui rappellent
l'amour qu'on porte ou qu'on a porté, qui rappelle l'histoire de notre
vie, qui rappelle l'enfance, qui rappelle les jouets, qui rappelle les
jeux et les rires, qui rappellent les cousins, qui rappelle
l'émerveillement de la découverte des autres, qui rappelle le quotidien à
croiser les gens, qui rappelle qu'on a raté la station à force de se
rappeler.
Alors on rouvre les yeux, on recommence à observer, à
lire, à chercher des éclats de réel qui vont nous inspirer. On retrouve
le soleil d'hiver et le froid qui coupe les oreilles. On retrouve la
myriade de gens qui vivent et dont la trame des existences est une
tapisserie mille fois plus longue que Bayeux et cent mille fois plus
chatoyante.
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