vendredi 7 octobre 2016

La mort des autres, la mort de soi

Hier j'ai assisté, sans incident particulier, à l'enterrement d'un ami. Quelqu'un que j'ai croisé à quelques reprises, dans des fêtes ou des évènements particuliers. Il était venu à mon anniversaire, j'étais venu au sien. Ce n'est pas l'important.

Pendant que j'attendais au pied du cimetière que l'heure de la cérémonie sonne, et au delà des pensées récapitulatives habituelles, il m'est revenu l'histoire d'un autre ami, un client devenu ami, qui me parlait de la mort d'une de ses relations professionnelles, à l'enterrement de laquelle seuls des clients s'étaient rendus. Pas un ami, personne de la famille, seuls des clients.Et qu'à cette occasion, cet ami s'était fait la promesse que ça ne lui arriverait pas. Cette histoire, pour autant que je puisse en dire maintenant et pour le futur, m'a plutôt impressionné et m'a dissuadé d'atermoyer bien davantage la mise en marche de ma propre vie. Sortir du point mort (intéressant vocabulaire) et passer une vitesse, enfin, cesser de laisser la pente décider de la vitesse de ma vie et commencer à la réguler. Aller moins vite en grande pente, aller plus vite sur les faux plats. Je crois possible, en fait, de décrire la vie comme une longue pente que nous descendrions, certainement pas tout droit, avec des virages que l'on peut rater, sans les conséquences automobiles funestes habituelles, mais plutôt comme des occasions de devenir meilleur et que l'on raterait. J'ai - comme nous tous - connu ces manquements. Mais cet enterrement, si tôt dans la vie de cet ami maintenant rendu à la Terre, me fait prendre conscience que j'ai pour le moment parcouru des routes d'altitude, joliment ponctuées de points de vue magnifiques, où vous pouvez faire halte, autant de moment de bonheur que j'ai vécu. Et qu'en dépit de ma joie, je ne peux qu'admettre que l'ombre de la montagne plane désormais sur la vallée, que la journée tire vers la fin d'après-midi et que bientôt je franchirai la limite entre l'ombre et la lumière, avant que ne survienne la pénombre, encore avant que ne survienne la nuit. Alors sur ces derniers kilomètres, forcément, j'ai envie de tenter encore quelques demi-tours, quelques virages en épingle, quelques lignes droites à forte accélération, de celles qui vous emmènent plus loin que si les choses s'étaient déroulées normalement.

Avant que ne tombe la nuit.