mercredi 17 décembre 2014

la couleur de l'hiver

Je reste interdit devant l'éclat de cette canine dans le sourire de l'inconnue aux jambes effilées, penchée sur une rose publique, comme à l'affût du printemps encore si loin. Ce sourire qui ramène soudain du jaune dans ce soleil gris, du doré et du rouge, une brusque effervescence de chaleur et de joie dans ce monde si triste, sourd et muet. Là où je ne vois que gémissements et pleurs, d'un bout à l'autre de la planète. Là où l'on me remplit les oreilles chaque matin, avec une application et une méticulosité toute professionnelle, de mesures précises de la détresse du monde. Là où l'on m'assène avec un rythme sourd et irrépressible, que la mort est une constante et a même une couleur. Là où l'on me rappelle quotidiennement que mon équilibre précaire, entouré qu'il est de ravins profonds comme des fleuves, aux flots impétueux et mortels, est sujet au bon vouloir de puissances réputées occultes, seulement accessibles par courrier postal mais dont les ordres sont dictés au monde par email.

Là, lorsque la couleur renaît, elle attire le regard comme une tâche sur une toile cirée. Et qu'un rapide coup d'éponge peine à faire disparaître, étale au contraire, et la couleur devient plus profonde, presque vivante sous la main retirée avec effroi parce que cette tâche contredit le bruit général de dépression. Et lorsqu'un œil approché distingue, au milieu de cette étendue grandissante, les sourires de la multitude et les éclats de rire de la foule, que les sentiments profonds liants les gens les uns aux autres apparaissent à leur tour comme autant de nerfs dans la viande, trop durs à couper, impossibles à digérer pour le pessimiste, alors l'observateur sensé sourit à son tour, ajoutant cette joie subite à la couleur nouvellement née.

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