mardi 24 février 2015

la chaîne poétique

Il y a cette idée qui rode autour de mon âme. Celle que la poésie est là, dans les moindres aspérités de la vie qui nous est en permanence présentée à observer. Dans les moindres imperfections de l'Humain.
Que cette poésie est comme le jus d'orange pressées, délicieux et parfois un peu fort. Qu'elle est l'intérieur de la réalité. Ce que notre esprit peut ajouter à la simple existence. Que ce bleu n'est pas seulement la couleur de cette écharpe mais aussi celle du sang qu'exprimerait une blessure symbolique faite à quelqu'un qu'on aime. Que ce satiné n'est pas seulement la surface de cette feuille d'arbre vers laquelle on ne peut s'empêcher de tendre la main mais aussi celui de cette chevelure dans laquelle on veut passer les doigts inlassablement. Que cette odeur n'est pas seulement la millième répétition d'un parfum mille fois croisé mais aussi celui de cet amour d'avant, d'avant Avant, celui pour lequel nos ongles ont creusé nos paumes et nos dents rongé l'intérieur de nos joues. C'est ça ma définition de la poésie, c'est le sens supplémentaire que chacun donne à la Vie Réelle que nous partageons tous mais pour laquelle nous avons un prisme unique. Ce logo sur une parka qui rappelle les couleurs du Canada, qui rappelle à son tour les ours polaires jouant dans la neige, qui rappelle les oursons qui découvrent la vie dans leurs premières heures, qui rappellent les nourrissons récemment croisés, partout, qui rappellent l'amour étourdissant des parents encore transis de ce miracle, qui rappellent l'amour qu'on porte ou qu'on a porté, qui rappelle l'histoire de notre vie, qui rappelle l'enfance, qui rappelle les jouets, qui rappelle les jeux et les rires, qui rappellent les cousins, qui rappelle l'émerveillement de la découverte des autres, qui rappelle le quotidien à croiser les gens, qui rappelle qu'on a raté la station à force de se rappeler.
Alors on rouvre les yeux, on recommence à observer, à lire, à chercher des éclats de réel qui vont nous inspirer. On retrouve le soleil d'hiver et le froid qui coupe les oreilles. On retrouve la myriade de gens qui vivent et dont la trame des existences est une tapisserie mille fois plus longue que Bayeux et cent mille fois plus chatoyante.

mercredi 11 février 2015

les matins bleus

il est 6heures16 sur France Info et dans ma vie. Un coup d'œil par la fenêtre m'annonce que le Soleil est en périphérie de la Terre déjà, maintenant que les jours rallongent il y est un peu plus tôt. Ça me permettra de faire une belle photo de soleil levant sur à peu près n'importe quelle perspective urbaine, en ce moment, le soleil s'y prête et tout parait beau dans cette lumière d'été rasante comme en hiver. Il y aussi ce sentiment curieux de paix quand la journée n'a pas encore commencé. Comme être en avance sur sa journée. C'est jouissif et enivrant, comme si le jour cette fois ne nous refusait pas tout ce dont il était encore la réserve.
Il est 6heures18 sur France Info, je suis réveillé, je reprends le cours de ma vie.

vendredi 6 février 2015

jus d'humain fraîchement pressé

Presque comme chaque matin, je suis émerveillé de la diversité des visages que le métro charrie. Cette femme, entre deux âges, au cerne fatigué, les yeux scrutateurs du plan de la ligne, préoccupée sûrement du temps lui restant à se faire transporter, cette autre en pleine phase de remaquillage dont la dextérité laisserait sans voix n'importe quel soliste de harpe, ce couple d'amoureux d'à peine 20 ans, lui levant les yeux vers son soleil personnel, le regard chargé d'anxiété, sûrement terrorisé à l'idée que cet astre par lui élu cesse, un jour, de briller pour lui seul.
Cet homme à la tête augmentée d'un casque audio dont la dimension assure "une parfaite isolation du monde extérieur", à laquelle l'on pourrait ajouter la cécité pour lui garantir une mort tranquille.
Cet homme au sourire mangé dont la peur est palpable, pourquoi pas pour ses enfants, et dont le petit dernier peine en mathématiques, au risque d'être orienté en fin de cinquième.
Cet autre, tellement ressemblant à Will Smith et à la mise impeccable, au charme magnétique et dont on perçoit dans la lumière électrique que la densité de l'air s'altère dans sa proximité immédiate.
Cette femme, sur le quai d'en face, aux jambes interminables bottées de cuir noir comme une nuit sans lune et dont la focalisation des regards des passagers doit constituer une source d'énergie renouvelable encore inexploitée.
Cette poussette à l'empattement de char d'assaut, propulsée par une maman essoufflée qui s'est sûrement assuré seule de la descente de deux volées d'escalier format RATP, assurant la mobilité maladroite de deux bambins qui posent sur ce monde souterrain un regard de rayons X qui transperce toute réserve et toute hypocrisie.
Cet homme dont le métier doit être de s'assurer qu'on capte bien dans le métro, même à voix très haute et qui ne cesse de rappeler son interlocuteur qui, lui, doit tester la réception depuis une cave du 20ème arrondissement.
Les freinages "puissants" du métro qui ne peuvent avoir pour autre but que de former des légions de pilotes de chasse.
Ces agents débonnaires, représentants costumés d'uniformes du règlement intérieur mais dont il est manifeste que s'ils s'écoutaient, il y aurait de la musique dans les couloirs.
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Le métro, mon bouillon d'humanité.
Mon rattrapage de vie.