On est très proche là,
On verrait presque les imperfections de la manucure de cette dame.
Tic tic tic
C'est le cliquetis de ses aiguilles à tricoter.
Dans le métro à la lumière jaune, elle tricote, noir sur noir sur noir. J'espère que c'est une écharpe pour adulte.
Tic tic tic.
En fait je l'ai perçu à travers ma propre musique. Ce son inattendu, inhabituel, tant discret que charmant. On voit les boucles s'enchaîner avec une maestria tellement familière mais tellement étrange.
Ça rappelle la scène de reconstitution dans le 5ème élément et le ballet des tireurs de fil et la perfection du résultat.
Tic tic tic.
C'est comme un petit frère du cliquetis des roues du wagon sur les rails éternels du métro. C'est entêtant et aussi bien rythmé qu'un batteur de jazz.
En fait, ça tricote de l'amour là, dans ce chaudron des aventures humaines.
Il y a l'envie que suscite cette dextérité. Et aussi le ballet des doigts autour du nœud, complètement envoûtant. Cette couleur noire de l'écharpe qui sera épaisse et lourde sur les épaules quand sera venu le vent de septembre. La tête gardée bien droite par cette minerve filée d'amour. Cet objet que l'on utilisera tant de matins, comme un talisman contre les forces du mal. Un tuteur, forgé à la main dans les entrailles de la terre parisienne par cette aïeule tellement riche d'amour et de sagesse.
C'est une cotte de maille contre la fuite d'estime de soi, un renfort d'amour propre. C'est ce soutien qui manque parfois tant.
C'était une grand-mère qui tricotait une écharpe noire.
Et j'en aurai pleuré.
Très beau
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