Ouigo.
Jamais pris avant.
Marne-la-Vallée > Lyon Saint-Exupery.
Avec une science méticuleuse, on instaure ici un stress comparable à celui d'un aéroport : haut parleurs bruyants et incompréhensibles, espaces colossaux, vides et froids, grandes zones désertes, grandes zones surchargées de passagers forcés de rester debout parce que seules 40 places assises sont disponibles alors qu'on embarque 2000 personnes à bord de TGV et qu'on intime aux passagers l'ordre de se présenter à l' "embarquement" (!) 30 mn en avance. Soit le total des passagers de 4 trains qui se concentrent dans un même espace à un même moment. Les enfants crient, les nourrissons crient, les parents crient. Tout le monde attend, nerveusement mais patiemment, derrière des rubans de sécurité dérisoires et vénéneux mentionnant bruyamment que l'accès est interdit au delà de cette limite et par derrière laquelle se sont installé, en rangés successives, les babines retroussées et les muscles tendus, des préposés dont l'œil attentif pourrait laisser croire qu'un malfaiteur se trouve parmi les passagers auxquels ils font face, semblant défendre le train à venir contre l'inévitable assaut des passagers. C'est grossier et méprisant, en particulier quand on sait la raison principale de l'affluence de cette gare.
Puis soudain, un frisson parcourt la foule : un commis à l'accoutrement vaguement paramilitaire demande à voix haute de présenter les titres de transport et les pièces d'identité (!!). Les quelques passagers en difficultés sont emmenés à l'écart, tenus à l'œil par d'autres commis à l'air suspicieux que l'on croirait prêts à intervenir en cas de résistance dudit passager (maintenant suspect).
Et lorsqu'enfin les contrôles sont franchis, se déroule alors un long et fastidieux corridor, entouré de vitres pare-balles et orné de rappels à l'ordre, à la fluorescence violente et aux dimensions absurdes.
Au bout de ce couloir, un cerbère trône, aiguillonnant les passagers hésitants entre 2 escaliers mécaniques différents : voiture 1 à 8 ou 9 à 15. Il aboie ses recommandations quant à la manière d'utiliser ces escaliers et oriente, si nécessaire et avec la sollicitude d'un hachoir, les passagers ayant trop tardé à dégainer leur laissez-passer en haut desquels figurent les coordonnées spatio-temporelles de la place que le grand Ordinateur a bien voulu vous attribuer. La place 731. Dont le nombre si haut vous édifie sur la magnificence de la prouesse technologique à laquelle Ouigo a bien voulu vous faire participer : un trajet PARIS LYON EN TGV ! J'imagine que certains ont la place 1697, comme une chambre d'hôtel au 16ème étage. À bien y réfléchir, j'aurais ajouté le numéro du train à 5 chiffres devant le numéro de place (56434/731), l'origine de la réservation (Y pour Internet, K pour point de vente : Y/56434/731) ainsi qu'une référence alphanumérique absconse pour accroître la complexité de la navigation sur le quai avant d'entrer dans le train.
Assis dans votre train, à la place 731 c'est à dire, place 31 voiture 7 (coordonnées éminemment valables pour ceux d'entre nous qui ont pris 1 train les 20, 40 ou 60 dernières années à la SNCF), vous ouvrez votre tablette, on vous renvoie sans ménagement au monde des enfants auxquels on indique que la poubelle s'appelle "poubellator" et qu'il est au fond du couloir, point d'exclamation. C'est avilissant.
Plus tard, une voix peu amène vous informe sans autre forme de procès que les bagages doivent être placés sous vos sièges sous peine d'une lourde amende et d'une flagellation publique en gare de Lyon Saint Exupery.
Je suis atterré et furieux de voir qu'en France, malgré la clameur mondiale, on perpétue encore et encore le mépris pour le service et on cultive la prétendue bêtise du client de ce service.
Amenez moi le concepteur de Ouigo à qui nous devons ces absurdités que je lui explique que la sympathie, la gentillesse et le bon sens sont des vertus gratuites qui n'impactent pas le résultat opérationnel des sociétés qui les mettent en œuvre.

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